“Below the sun” commence avec une ?trange m?lodie dont les sonorit?s font penser au sonar. L’ensemble est minimaliste mais offre un beau r?sultat ?trange et prenant, avec le tr?s l?ger clavier qui distille des bruitages appropri?s. Une ?norme et abyssale basse arrive ensuite, avec violence, mais sans rapidit? aucune, pendant que la guitare, elle tr?s aigue, r?p?te la ligne m?lodique. La batterie, ?galement lente, sert ? encadrer chaque note. La voix est titanesque elle aussi, proposant des growls pachydermiques ?voquant la montagne, plus que l’agressivit?. Les compositions sont tr?s vari?es et restent m?lodiques, ?voquant parfois pour moi le ? Twilight of the gods ? de Bathory. Quand la batterie s’acc?l?re, la double reste n?anmoins mesur?e, tout comme les instruments ? cordes, qui r?alisent de tr?s beaux effets de style. Oui, vraiment un excellent travail de composition pour un rendu impeccable, empli de solitude et d’une sorte de calme bouillonnant. L’interpr?tation, quant ? elle ne souffre aucun d?faut, et si quelques passages s’approchent du minimalisme, le r?sultat global garde une coh?rence ? toute ?preuve, formant une armure compl?te que rien ne saurait venir alt?rer. L’on sent que le groupe se d?gage des autres formations de funeral doom, de part le fait de leur concentration sur le roman ? Moby Dick ? d’Herman Mainville, ou paroles, artwork et ambiances r?ussisent le tour de force de captiver sans jamais d?cevoir. Quand la guitare se fait plus a?rienne, il est en effet difficile de r?sister aux paysages qu’elle ?voque.

? The pacific ? d?marre avec une batterie caverneuse, r?sonnante ? souhaits, qui apr?s quelques roulements, laisse place ? la basse et ? la guitare, qui reviennent, cette-fois ci ? la m?lodie plus difficile ? d?cerner, mais laissant toutefois leur qualit? marquer les oreilles. Un peu moins ?vident d’acc?s, ce titre se veut un peu plus conventionnel, mais la guitare dans les aigus reste la marque de fabrique de cet album. Ce ne sont pas les arp?ges formant un break au milieu du titre qui viendront contredire ce fait, ajoutant au contraire un peu d’air frais dans une musique ?touffante, oppressante. Ces m?mes arp?ges qui semblent muter de mani?re monstrueuses alors que revient le chant plus que guttural sur la lancinante m?lodie. La fin se veut encore une fois relever du minimalisme, cordes jou?es ? vide, sur growls l?g?rement plus audibles.

? Old thunder ? arrive alors, perle m?lodique, dont le commencement aux arp?ges se r?v?le facile d’acc?s, et toujours envo?tant. La musique se fait ?pique, lourde, et martel?e comme des gal?riens ramant sans fin, soutenus par une double appuy?e et des notes ?x?cut?es plus rapidement que la moyenne. Le r?sultat est prenant, original, tr?s acc?ssible. Des cœurs un peu zombifi?s sont pr?sents et confortent l’image de calme puissance que d?gage le titre. La structure rythmique se fait parfois plus dynamique, et certains cris d?chirants sont r?hauss?s de guitare harmonique pour un r?sultat imparable. Ce titre est vraisemblablement le plus prenant et accrocheur de l’album, mais je ne pense pas qu’il r?sume enti?rement le groupe, ses m?lodies ?tant en effet plus rapide que les autres titres et le r?sultat plus rapide ? d?chiffrer. Quoi qu’il en soit, c’est un excellent titre, mon pr?f?r?.

? Of the monstruous pictures of whales ? est un titre instrumental, si tant est que nous puissions parler d’instruments alors que le rendu fait plut?t penser ? de l’angoisse mat?rialis?e sous forme de sons, m?me si l’ensemble a d?j? ?t? vu.

? The sermon ? reste toujours sur la m?me lign?e, avec ces cordes jou?es ? vide, cette batterie ? la fois tr?s forte et tr?s absente, ces cris inaudibles. Le riff qui s’ensuite revient n?anmoins ? un semblant de m?lodie, ou les douleurs sont nettement perceptibles, parfois je me dis que c’est la bande-son r?v?e de mon calvaire quand je rentre bourr? chez moi. Quoi qu’il en soit, je n’ai pas lu Moby Dick, mais les paroles semblent refl?ter fid?lement les ?tats d’?me du capitaine, et ne d?naturent aucunement l’ambiance du roman, si j’en crois les chroniques de mes coll?gues connaisseurs. La suite de ce titre pr?sente un calme ?tonnant, assez sain, comme une matin?e ensoleill?e apr?s la temp?te. On entend le vent, les paroles des marins, et soudain, la noirceur revient, comme si le gros mammif?re marin chargeait. Vous l’aurez en tout cas devin?, l’int?r?t majeur de cet album r?side dans les ?vocations propos?es, dans les compositions travaill?es et inspir?es, adapt?es ? un funeral doom relativement classique m?me si certains ?l?ments sortent de l’ordinaire pour mieux servir l’imagerie du groupe. La fin offre des chants aux intonations plut?t religieuses, effectu?s de mani?re claire.

? The hunt ? voit le retour aux arp?ges calmes suivis de pr?s par un discr?te saturation pour un rendu ondoyant (ceci dit, je ne sais pas si vous voyez ce que je veux dire, mais c’est comme si les arp?ges ?taient des images ondoyantes comme quand Dupont et Dupond voient un mirage dans le d?sert de l’ ? Or noir ?, mais je crois que je m’?gare ? force de vouloir vous faire comprendre ce que je veux dire et qui n’est pas clair) et calme, sans r?elle violence. Le son est moins gros, et si la lenteur et la lourdeur sont toujours pr?sentes, la musique semble un peu moins pr?sente, un peu plus ?loign?e que les autres titres, justement je pense, ? cause du son plus faible. La voix semble cette d’un noy? qui souffre le martyr. Un titre tout de m?me int?ressant, m?me s’il semble sous produit par rapport aux autres. Malgr? tout, la fin est un peu pesante et sa m?lodie au clavier ne compense pas le manque de puissance.

? Ahab’s oath ? cl?t le disque. Le mur de son revient, avec ses acolytes claviers, et guitare, growls en avant. Tr?s lente double, soutenant la marche musicale, les guitares, comme d’accoutum?e tiennent longtemps la note harmonique. La basse crache longuement sur un clavier aux sonorit?s un peu d?lav?es.

Il s’agit d’un fameux disque. Tout simplement bon, voir plus. Le funeral doom peut para?tre comme soporifique, mais ici, les ambiances qui se d?gagent captivent l’auditeur et l’entra?nent, prisonnier dans un voyage marin ?prouvant et glac?. Les quelques longueurs ne p?sent aucunement sur le rendu final, ce qui est un exploit, au vu des 6 titres qui repr?sentes plus d’une heure de musique. En clair, Ahab sort ?m?rge nettement de la sc?ne funeral doom gr?ce ? cette musique personnelle et de tr?s grande qualit?. De la concentration reste n?cessaire pour appr?cier cette œuvre, et je ne saurais conseille d’en ?couter un morceau au hasard, mis ? part ? Old thunder ? beaucoup trop accrocheur. Servez-vous un bon verre, installez-vous avec un livre prenant, et ? The call of the wretched sea ? sera une bande son id?ale de bout en bout. Un album qui augure en tout cas du meilleur pour un groupe en pleine croissance, qui ne manquera pas je pense d’incorporer toujours plus d’?l?ments agr?ables dans une musique r?barbative. Un avenir ? surveiller attentivement, tr?s prometteur, dont l’actualisation pr?sente est d?j? captivante.

Note finale : 3,5/5

Production : 3,25/5

Packaging : 4,75/5

Style : Nautik funeral doom

Le site officiel du label: www.napalmrecords.com

Le site officiel du groupe : www.ahab-doom.de

Le groupe : Chris R Hector (guitare), Danier Droste (chant, guitare, clavier), Stephan (basse, guitare, chant) + Corny Althammer (batteur de session)