Mardi 29 Juillet :

A force d’en parler autour de nous, le convoi dijonnais s’étoffe d’année en année, et c’est cette fois en caravane de sept véhicules, et vingt-cinq passagers que nous nous apprêtons à prendre la route… Tous feux allumés, des guirlandes de noël sur le tableau de bord, la sono invitant tout le monde à collectionner des canards vivants, la dernière voiture nous rejoint avec une heure de retard, fait marche arrière pour se garer devant le camion et…. Emplafonne une voiture qui arrivait juste derrière… Ca y est, à cet instant, on sait déjà que le Wacken 2008 s’annonce mythique ! Quarante-cinq minutes pour remplir un constat avec la conductrice blonde (qui n’a jamais voulu croire que parmi les deux personnes qui essayaient de l’aider à remplir ledit constat, se trouvaient un assureur, et un policier, certes pas très crédibles), et on prend enfin la route pour la grande transhumance de l’été. Alors pour ceux qui n’ont jamais fait le trajet avec moi je tiens à préciser que pour moi, le trajet du Wacken aller retour peut s’apparenter à un mix entre Koh Lanta et Pekin Express. Là où la grande majorité des conducteurs mettent une douzaine d’heure, ma moyenne personnelle double presque la mise, avec comme précédent record les vingt-et-une heures de retour de 2002 entassés à quatre dans une Twingo. Cette fois encore, je reste fidèle à la tradition, puisque partit officiellement à 15h, nous faisons une arrivée triomphante à Wacken à 9h le lendemain matin !

Mercredi 30 Juillet :

Première constatation : Aucune difficulté pour arriver sur place contrairement à l’année précédente. La route principale est même étonnamment vide, et les campings loin d’être déjà remplis.

C’est sous un petit soleil sympathique que nous montons donc le campement avec une organisation quasi militaire. C’est pas tout ça, mais trois barnums (Merci à notre fournisseur Kronenbourg pour ses barnums-buvettes !) à monter et une vingtaine de tentes, ça prend de la place. Certains s’attaquent ensuite au ravitaillement, et à la quête des bracelets (Point positif cette année, le bureau des pass press était ouvert dès le mercredi, et il n’y avait pas grande affluence ce qui nous a évité la traditionnelle matinée perdue du jeudi) pendant que d’autres font chauffer les braises. La première après midi étant traditionnellement consacrée au renforcement de l’amitié franco-reste du monde, nous sortons l’artillerie lourde : pastis, pinard, saint nectaire, merguez et chippos… L’appât est de qualité, et très vite un petit groupe d’Allemands patchés s’approche. L’un d’eux sort une mallette noire, et le plus sérieusement du monde nous propose des assurances… qu’il convient de signer sur l’étiquette juste en dessous de « bier » ;) je n’ai pas suivi personnellement toute l’évolution de la journée, mais manifestement l’amitié franco-allemande a été très très fortement renforcée !! Laissant donc les échanges culturels de côté, je profite de la première soirée de festivité pour faire le tour de l’entrée du festival, à défaut de pouvoir aller voir Metakilla et Sweet Savage sous la Wet stage ultra blindée ! Pas de grand changement, si ce n’est un biergarten encore plus grand, avec une vraie belle scène, et un écran géant, et également un écran géant au niveau du terrain de foot, qui diffuse le premier soir plusieurs films docus consacrés au metal. Initiative assez sympa d’ailleurs. A noter également l’extension des stands marchands, avec la création d’un « medieval market » regroupant tout ce qui est dans l’esprit « pagan folk metal » : cuir, cornes, tenues médiévales, bijoux, armes etc, le tout avec des exposants de qualité.

Première impression de cette première journée : Il y a du monde !!

Jeudi 31 juillet :

Autant j’étais motivée avant le départ par ce début de festival, autant après une nuit blanche passée à chanter à tue tête, à boire et à headbanguer jusque sous les douches à 7h du mat, la perspective de devoir rester des heures debout me semble une épreuve insurmontable. Je décide donc de faire l’impasse sur le début, pour ne surtout pas rater le peu de groupes pour lesquels j’ai principalement fait le voyage, et justement ce soir il y en a deux : Alestorm, et Iron Maiden, les deux déjà vus au Graspop.

ALESTORM : leur album de heavy pirate a tourné en boucle cette année, j’avais trouvé leur prestation au GMM un peu « jeune », et j’espérais un peu que le groupe se serait rodé entre temps. Malheureusement, je leur ferai le même gros reproche : ils jouent beaucoup trop vite, comme s’ils étaient pressés d’en finir, sans doute impressionnés par un public déjà acquis à leur cause. Il faut dire que côté public il y a de l’ambiance. Ca chante à tue tête, ça fait des farandoles (un peu casse gueule sous la wet stage qui porte déjà bien son nom). Globalement un très bon moment, et l’espoir que le second album du groupe leur amène un peu plus de professionnalisme, même si un peu de fraicheur n’est pas désagréable.

IRON MAIDEN : Je fais partie des déçue de la tournée. Déçue par la set list, un peu trop « bateau » par rapport à ce qui avait été annoncé, mais pas par le groupe qui assure toujours autant sur scène. Autant au GMM, j’avais attendu en vain une bonne surprise tout le long du concert et j’étais restée sur ma faim, autant là j’y allais en connaissance de cause, et du coup je me suis beaucoup plus éclatée ! Et puis certes la set list n’était pas ultime (mais bon sang !! "Fear of the Dark", même si c’est un tube, n’avait rien à faire là !!), mais quand même l’enchainement "Rime of the ancient mariner", et "Powerslave", c’est quand même du bonheur ! Et les lights et les décors d’ « époque » (ou presque), ça le faisait quand même bien, surtout là à Wacken, où le groupe n’avait encore jamais joué. J’ai d’ailleurs été super impressionnée par le public. C’est la première fois que je vois du monde jusqu’aux marches des baraques à frites, le poing en l’air, en train de chanter à tue tête (habituellement, passé les tours son, le public se fait plus clairsemé, et regarde en général d’un œil le concert tout en discutant avec les voisins). Et puis entendre enfin Bruce hurler devant 70000 personnes « Screeeeeeam for me WACKEEEEEENN !!! » rien que ça c’était magique !!

Vendredi 1er Août :

La journée commence pour moi avec HEADHUNTER, l’ « autre » groupe de Schmier. Du bon heavy thrash des familles, et une ambiance sur scène très conviviale. Ne connaissant pas trop les morceaux du groupe, j’ai quand même un peu décroché en milieu de set, et j’en ai profité pour aller jeter une oreille et un œil sur ENSIFERUM qui jouait devant une True metal stage déjà bien remplie. Autant j’aime bien certains titres sur albums, les plus « folk » on va dire, autant je suis arrivé sur un morceau bourrin et répétitif, qui ne m’a pas convaincue. Du coup retour rapide devant HEADHUNTER, pour continuer le headbanging à papa ! Parcque quand même, ce n’est peut-être pas original, mais c’est drôlement efficace !

Avant de se diriger vers le Biergarten, on s’arrête pour voir KAMELOT. J’ai été super déçue ! chanteur complètement à la ramasse, morceau chiants, et choriste qui avait l’air de se demander ce qu’elle faisait là (à pour ça les écrans géants, ça ne laisse rien passer ;) )

SOILWORK vu en partie depuis le biergarten : pas trop mon truc, mais plutôt efficace et bien rodé. J’en ai profité ensuite pour faire un tour sous la wet stage où jouait DESTRUCTOR : encore du thrash old school super efficace avec des cris de mouette, et des musiciens qui avaient dû ressortir pour l’occase leur perf à clous d’il y a vingt ans, un peu trop petit, mais terriblement truuuuuue !

Retour au campement pour aller manger un morceau et reposer mes jambes. Je fais l’impasse sur CHILDREN OF BODOM, et d’après les échos que j’ai eu, j’ai bien fait… Un Alexi Laiho qui ressemble de plus en plus à son ombre, chante mal, entrecoupe chaque phrase d’un « fuck » ou d’un crachat…mouais sans moi…

Retour quelques heures plus tard sur le site pour CORVUS CORAX qui reprenait la suite de l’opéra Carmina burana. Ca c’est typiquement le genre de chose qu’on ne peut voir qu’au Wacken, et c’est assez grandiose. Le groupe est déjà impressionnant avec son style médiéval, ses cornemuses géantes, et ses instruments anciens, mais l’ajout d’un chœur, d’un orchestre symphonique et d’une chanteuse lyrique rende l’ensemble vraiment impressionnant, même si musicalement, ça ne bouge pas assez pour un set aussi long. Du coup je profite de la proximité de la wet stage pour aller découvrir VAN CANTO. Un groupe qui fait du metal a capella, sans instrument, ça titille la curiosité… Et au final, j’ai été carrément emballée ! dès le premier morceau je me suis surprise à headbanguer légèrement, et quand ils ont attaqué juste après "Kings of metal" de Manowar, je suis devenue dingue, j’ai foncé devant et je me suis éclatée tout le concert !

Le temps de me remettre en regardant de loin un petit bout d’AVANTASIA, que j’ai trouvé bien trop convenu et mou à mon goût, et j’enchaine avec SALTATIO MORTIS, un groupe allemand qui fait un peu du In Extremo des début. Cornemuses, metal festif, et influence trad folk, le groupe emmène la wet stage dans son univers, et les farandoles grandissent jusqu’à mettre le feu sous la wet stage, ou le public a répondu présent en masse. Ca ne m’étonnerait pas qu’on les retrouve l’an prochain sur la party stage eux ;) en tout cas, un concert excellent !

Je ressors et tente de traverser le flot de gens qui sort du site après Avantasia, pour rejoindre la party stage où CREMATORY va clôturer la soirée. Il reste quand même un peu de monde en cette heure tardive, et les courageux qui sont là auront drôlement bien fait de rester, car le set de CREMATORY sera pour moi l’un des meilleurs de ce Wacken ! Leur metal gothique avec l’alternance de voix clair et voix death prend une ampleur magique à cette heure tardive, et on se laisse emporter par des morceaux inspirés, pêchus, et planants en même temps. Le groupe n’est pas tout jeune, et on sent une ambiance assez décontractée sur scène et sur les côtés de la scène, la clavieriste étant rejointe par sa fille protégée par un casque antibruit, qui finira le concert dans les bras de sa mère pendant que le guitariste chantera un dernier morceau presque a capella, accompagné juste de nappes de clavier… Un moment magique… je suis ressortie de là les larmes aux yeux, et vu les regards brillants autour de moi je n’étais pas la seule ;)

Samedi 2 Août :

Suite à la pression de certains qui useront de toutes leurs capacité de persuasion dès le réveil, je me mets en route pour aller voir… 3 INCHES OF BLOOD ! Du thrash qui dépote, un chanteur psychopathe avec une belle vestapatch à l’ancienne, effectivement la journée démarre bien ! je vais quand même jeter un œil à MACHINE MEN dans la foulée, qui me tente plus par le côté mélodique de leur heavy tata. Pour ce qui est du côté tata, je crois que le chanteur mérite la palme du poseur sur ce wacken, avec son coté Sebastian Bach en brun, et sa moue boudeuse. Globalement ça m’a fait pensé à du Edguy, en un peu plus musclé. Pas désagréable, mais pas non plus inratable. Un changement de planning fait monter SWEET SAVAGE qui avait déjà joué le mercredi sous la wet stage. Bon c’est sympa, rock n roll, mais à part "Killing time", que tout le monde connaît depuis la reprise de Metallica, je n’en ai pas retenu grand-chose. J’en profite pour aller manger un morceau, avant MERCENARY, que j’aime bien sur album, mais qui ne m’a pas entièrement convaincu sur scène. Sympa, mais un peu répétitif. Je passe devant HOLY MOSES en allant faire un tour au metal market. Bonne papate, mais je n’accroche pas plus que ça. Je reviens donc un peu plus tard pour assister à la deuxième moitié du show d’EXODUS, et alors que je n’étais pas partie pour rester, je suis finalement restée scotché par cette pure boucherie thrash ! Déjà rien qu’à voir la tête de tueur du chanteur, on n’ose plus repartir de peur qu’il ne nous en colle une. Cet homme ne plaisante pas avec le metal ! le metal c’est la guerre ! Et il va nous le prouver ! Je n’avais encore jamais vu à Wacken de circle pit aussi immense ni de wall of death aussi bourrin, avec une trouée qui allait jusqu’aux tours son !! une boucherie !

Après ce cours magistral, je pars reposer mes jambes au campement, où je retrouve une partie du groupe dans un état d’ébriété au moins aussi avancé que l’amitié franco allemande. Pendant que l’hydromel allemand coule à flot sur la poitrine d’une de nos compatriote, je commence à me recueillir, une bière à la main, un crucifix en carton et papier alu dans l’autre, car nous allons bientôt nous mettre en marche pour aller évangéliser les foules avant POWERWOLF découvert cet hiver en première partie de Brainstorm. La wet stage n’est pas remplie, mais l’ambiance est là, et c’est partit pour 40 minutes de heavy basique, qui fait secouer les poils. Là où Powerwolf réussit bien sa mission, c’est que même sans connaître aucun titre, on se retrouve à hurler les refrains, à tue tête. Il faut dire qu’entre « Saturday satan », « in blood we trust », « we came to take your souls”, y’a pas plus facile à comprendre et à retenir. Visuellement, le groupe est à la hauteur de son délire : un look vampiro-gothique, un crucifix en carton, et surtout des ventilos géants devant le guitariste et le bassiste, donne un côté kitschissime à un groupe qui assure et assume complètement !

Retour au campement, pour se préparer à la fin de soirée, les têtes d’affiches me laissant de marbre. Certains reviennent petit à petit, épuisés mais heureux, pensant trouver un repos bien mérité sous leur tente. C’est sans compter sur ma détermination : Il est hors de question de finir un Wacken ça, alors zou ! debout tout le monde, on se remotive, on se rhabille ! On finit par relever les morts, et nous voilà repartis pour la fin de NIGHTWISH, dont le meilleur moment sera sans aucun doute "Wishmaster" dont on chante les misheard lyrics (cf. youtube pour ceux qui ne connaissent pas) sur le trajet de l’aller, face à pas mal de gens que ça fait bien marrer… Bon globalement, ça fait plaisir, Nightwish ressemble un peu plus à un groupe de métal depuis le changement de chanteuse, même si cette dernière ressemble à un croisement incertain entre Björk et Chantal Goya... Vient ensuite KREATOR, et un concert excellent ! Des lights magnifiques et un petit effet sur la voix de Mille Petrozza qui donne à l’ensemble un côté obscur bienvenu. Bon après la boucherie thrash d’Exodus, les discours de Petrozza un poil décalés font plutôt sourire, notamment quand il lance un wall of death sur fond de « je veux que vous vous entretuiez !! mais…. Surtout vous ne vous faites pas mal hein ? » ou encore « le racisme c’est mal !!!.... et maintenant on va jouer « Extreeeeeeeeeeme agressioooooon !!! » Huhu… Enfin bon le seul reproche qu’on pourra faire, c’est que c’est quand même une honte qu’ils n’aient joué que 10 minutes ! en tout cas c’est l’impression qu’on aura tous eu… ;)

Pour finir ce Wacken 2008 qui restera pour moi un des meilleurs, un groupe attendu par beaucoup de monde si on en juge l’affluence encore record sur le site : LORDI. Et là, grosse déception !! un groupe peu motivé, en roue libre, un public amorphe (sans doute à mettre sur le compte de la fatigue), que le groupe ne se donne pas la peine de réveiller plus que ça. Même l’hymne que tout le monde attend sera introduit par une pauvre petite intro au clavier, qui n’aidera pas à faire démarrer la fin des festivité. Là où on s’attendait à un final de festival digne de ce nom avec pyrotechnie, et tout et tout, on aura eu droit qu’à un pétard mouillé.

Nous prenons notre temps le lendemain pour lever le camp vers midi, fortement fatigués un brin nostalgiques, mais néanmoins tous repus de metal et heureux. C’était sans compter qu’un Wacken, aussi bon soit il ne peut se finir aussi facilement, et c’est 3 km à peine après la sortie du village que la durite d’une des voiture décide de rendre l’âme. Autant au départ on trouvait assez sympa les nombreux metalheadz qui échangeaient des « waaaaaaacken » tonitruants par les fenêtres des voitures, autant 3h plus tard, alors que nous tentons désesperemment de faire comprendre notre localisation exacte à une gentille personne de l’assurance au bout du fil, on finit par trouver ça un peu… hard… J Ce n’est qu’après s’être assuré que les trois copains qu’on abandonnait à leur triste sort serait capables de survivre jusqu’à la réparation de leur véhicule prévue deux jours plus tard, que nous reprenons la route, sous un magnifique orage cataclysimque, pour finalement rentrer vers 15h le lundi ! Record battu !!!

Bon voilà, un Wacken de plus qui se termine, à classer parmi les meilleurs selon moi, à égalité avec celui de 2004: des groupes variés, talentueux, des découvertes intéressantes, une ambiance excellente, malgré une affluence record, et surtout une organisation sans faille, qui laisse augurer le meilleur pour les 20 ans l’an prochain ! Alors See You in Wacken next year, Rain or Shine and keep the spirit alive !! Et surtout… N’oubliez pas une bonne assurance! ;)

Eklipse