M. Patrick Roy. Madame la ministre, l’essentiel de mon propos portera sur la musique. Depuis des mois, voire des années, vous et vos amis nous répétez que la musique se porte mal, qu’elle va disparaître, que le danger est imminent – ce qui explique, sans doute, l’urgence décidée sur ce texte.

Si les chiffres des ventes de CD ont tendance à diminuer, il ne faudrait pas oublier qu’ils ont atteint des sommets lors de l’apparition de cette nouvelle technologie sur le marché, qui a amené nombre de possesseurs de microsillons à renouveler leur collection. À l’époque, les maisons de disques ne se gênaient pas pour pratiquer des prix prohibitifs, sans que personne songe à dénoncer les marges phénoménales qu’elles empochaient.

Quand vous nous dites que la musique se porte mal, j’ai tout de même un doute en voyant les stars du show-business, qui ne semblent pas avoir été obligées de diminuer leur train de vie – je pense notamment à un chanteur dont on ne sait plus s’il est monégasque, suisse ou belge, qui compterait, paraît-il, parmi vos amis et ceux du Président de la République. (Protestations sur les bancs du groupe UMP.)

M. Franck Riester, rapporteur. Caricature !

M. le président. Allons, n’interrompez pas M. Roy, nous allons perdre du temps !

M. Patrick Roy. La vérité, madame la ministre, c’est que la musique se porte très bien aujourd’hui. En effet, il n’y a pas que la vente des CD, il y a également la musique vivante, qui, elle, se porte mieux que jamais. Les cachets des productions qui montent en flèche en témoignent. Je ne vous apprendrai rien non plus sur le prix des billets, qui empêche une partie importante de la population française d’accéder à ces spectacles. Sur ce point encore, je vous trouve extrêmement silencieuse.

Internet est une chance pour l’ensemble de la musique, car moi, je ne résume pas la musique à quelques stars éventuellement en péril et dont la fortune serait chatouillée.

M. Franck Riester, rapporteur. C’est ce que vous avez fait voici un instant !

M. Patrick Roy. Je regarde au contraire l’ensemble de la production musicale et je constate qu’Internet est pour l’ensemble des musiciens un excellent moyen de se faire connaître.

Je suis monté à la tribune avec un magazine que, j’imagine, vous lisez très régulièrement, Rock Hard, qui présente des groupes très intéressants. Quand j’avais le même âge que mon fils, je lisais des revues similaires mais je me limitais souvent, parce que je ne pouvais acheter qu’un seul vinyle, aux « grosses pointures », ceux dont j’étais sûr d’apprécier l’album.

Aujourd’hui, mon fils et l’ensemble de ses camarades de lycée, lisent le magazine et vont ensuite sur Internet pour découvrir tous les groupes qui y sont cités. Si bien qu’il y a actuellement toute une palette de groupes qui n’auraient pas d’existence musicale sans Internet.

M. Serge Blisko. Internet les a aidés à émerger !

M. Patrick Roy. Mon fils écoute Gojira, Trust ou Metallica, qui sont ce que j’appelle de « grosses pointures », mais il écoute aussi Demians, Satyricon ou Mastodon, des groupes que, j’imagine, vous connaissez parfaitement, madame la ministre. (Sourires.)

Mme Sandrine Mazetier. Bravo !

M. Patrick Roy. Le présent texte est en outre entièrement muet sur la création. Vous essayez de faire croire aux musiciens et aux artistes que vous êtes à leurs côtés pour les défendre : non, vous défendez en particulier le chanteur belge, monégasque ou suisse, dont je n’arrive pas à me rappeler le nom. Vous ignorez totalement, en revanche, tous les autres. Prouvez-moi le contraire !

M. Philippe Gosselin. Vous voulez des noms ? On peut vous en donnez dix mille !

M. Patrick Roy. Il n’y a rien pour les créateurs dans le texte. D’ailleurs, vous restez bouche bée et ne trouvez rien à me répondre. J’attends vos explications qui seront, bien sûr, extrêmement pauvres.

Cet après-midi, l’un de vos amis de l’UMP a évoqué la fameuse pétition des dix mille. Il est vrai que vous avez abusé beaucoup d’artistes avec ce texte.

M. Philippe Gosselin. On peut abuser une personne mais pas dix mille !

M. Patrick Roy. Je tiens à rappeler que nous sommes ici, non pas pour défendre l’intérêt privé de quelques-uns, et notamment de ce chanteur belge, monégasque ou suisse, dont je n’arrive pas à mémoriser le nom,…

M. François Brottes. Retiens la nuit, Patrick ! (Sourires.)

M. Patrick Roy.… mais pour nous préoccuper de l’intérêt collectif.

M. le président. Il faut conclure, monsieur Roy.

M. Patrick Roy. Je conclurai en disant que ce texte est un mauvais signe pour notre jeunesse, qui subit de plein fouet tous les dégâts sociaux engendrés par votre politique – petit salaire, instabilité professionnelle, chômage massif. Leur seule chance, aujourd’hui, c’est l’accès à Internet. Mais vous voulez les sanctionner avec des discours militaires, à l’image des propos révoltants tenus cet après-midi par Mme Alliot-Marie.

Madame la ministre, j’espère que vous arriverez à entendre raison. En tout état de cause, ce texte aura le même avenir que le précédent : il ne servira à rien et, dans quelques années, nous serons amenés à nous revoir. (Applaudissements sur les bancs du groupe SRC.)

La retranscription intégrale de l'intervention de Monsieur Roy est disponible à cette adresse :

http://www.assemblee-nationale.fr/13/cri/2008-2009/20090190.asp#INTER_24